Nathalie Démoulin – La grande bleue

lagrandebleueEn 1967, en Franche-Comté, Marie est encore lycéenne quand elle tombe amoureuse d’un jeune bûcheron, se retrouve enceinte et se marie. Alors qu’elle rêvait d’une «vie à soi», différente de celle de sa mère, à l’âge de vingt ans elle a déjà deux enfants, et comme nombre de jeunes filles d’origine populaire de l’époque, son destin est tracé. Le jeune couple quitte sa forêt natale pour une HLM de Vesoul, et tous deux entrent à l’usine, chez Peugeot.

Au travers des dix années qui suivent, c’est le grand basculement de l’après-68 que Nathalie Démoulin nous raconte, celui de la condition des femmes et de la classe ouvrière. Dans ce roman d’une vie, elle tisse remarquablement histoire intime et extime, pour nous raconter les destins de Marie et de ses proches – notamment celui de son frère Ivan, détruit par la guerre d’Algérie et qui finira par rejoindre le Front National. Avec minutie, elle dépeint ces années 70 si proches et si lointaines désormais, durant lesquelles la France a basculé de l’utopie à la crise. Un roman « historique » qui nous éclaire sur les temps actuels.

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2 réponses à Nathalie Démoulin – La grande bleue

  1. D.T à la bilbliothèque de Vineuil dit :

    le coté roman « historique » est très intéressant; le style avec le « on » est parfois déroutant, voire agaçant…

  2. Gaillard dit :

    La vie de Marie Zedet, de 1967 à 1978, une jeune femme « quelconque » que l’auteure nous fait retrouver à chaque été.
    A 17 ans, elle rêve avec son amie Delphine, d’une autre vie que celles de leurs parents.
    « Nous serons d’un autre monde (….) et de ce monde elles ne savent rien, sauf qu’il sera déraciné, déraciné des villages d’où elles viennent, ceux des bords de rivière et ceux des lisières de forêt, où les toitures s’abaissent si près de la terre qu’on a l’impression d’être à genoux, dans l’odeur des étables.  »
    Les phrases longues accompagnent les élans des jeunes femmes, leurs rêves inépuisables, heurtées par des phrases plus courtes imprégnées de détermination, « Marie demandera à sa mère de lui coudre un pantalon. »

    Mais Marie s’engouffre dans une fiction où elle joue un rôle dans une vie « anachronique de jeune mariée, de jeune mère.  »
    Les grèves dans les usines Peugeot, l’affaire Lip, la guerre d’Algérie, le retour de son frère Ivan depuis soigné dans un hôpital psychiatrique, la contraception pour les femmes… autant d’évènements de l’Histoire qui s’intercalent dans l’histoire personnelle de Marie.
    Les phrases toujours très longues rendent aux personnages leur beauté, leur force : puiser au plus profond de la phrase, sans la maltraiter, être à bout de souffle, libérer la parole des femmes, des ouvriers, délier les mots dans les relations intimes entre Marie et son époux, ou encore avec son frère, son amie d’enfance… Marie lutte pour se détacher du poids social, du statut des femmes qui l’ont précédé, elle cherche à devenir indépendante vis à vis de son mari mais l’aliénation peut être ailleurs, dans l’usine et le travail à la chaine.

    Les combats à mener sont collectifs et solitaires, ils sont indissociables. Parfois, Marie emploi le pronom on au lieu du je.
    « … avant tout on veut en finir avec soi-même, (…) divorcer c’est se donner une chance d’être la femme que l’on voit naître autour de soi, en ces années 70, avec toutes ces nanas qui changent à vue d’œil, comme si être une femme se réinventait maintenant, au risque de se casser la gueule, mais au moins on aura rompu ce lien avec la mère et toutes les mères avant elle, cette mémoire qui vous déterminait, quoi que vous fassiez »

    L’auteure relate les possibles de l’après 68, les difficultés, les victoires, ses personnages s’acharnent, souffrent et s’embellissent. Marie dessine sa vie avec sincérité et conviction.
    Un roman social, féministe qui incite à la réflexion, qui s’immisce dans la vie du lecteur quarante plus tard, en période dite de crise. Quelles possibilités ? Quels engagements ? Quels rêves ? Quels combats ?
    « Rien n’est jamais définitivement acquis. Il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question ». Simone de Beauvoir.
    À méditer quand on sait que le ministre espagnol Rajoy relance en Europe le débat sur le droit à l’avortement …

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